Cresson.

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Cresson.

Message par Cresson le Mar 15 Nov - 23:35

Bonta était débordée malgré le mois de Novamaire et son froid constant. Les vents amenaient les feuilles mortes de Litneg par poignées et il était presque désagréable d'errer dans certaines des rues les plus vidées de leur foule et de fait, de leur chaleur.
Cresson errait dans la cité lumineuse depuis bientôt un mois. Il s'était incarné puis avait passé le plus clair du début de l'automne dans son village natif de Pandala puis le goût des terres du continent avait pris le dessus. Elles l'appelaient. Il y avait sans doute quelque chose à faire de ça.
Pliant bagage et lançant non sans regrets un dernier regard à Florawa et ses fioles, il s'était élancé à travers les clairières pour parvenir au pont qui reliait l'île à Amakna après une demi-journée de marche forcée. Dans son sac, un leg de son maître bûcheron – sa hache –, une miche de pain, quelques ressources vétustes et beaucoup d'attentes.
L'arrivée à Astrub fut noyée dans le bruit des aventuriers impatients d'aller tondre les bouftous de Tainéla, aussi il avait préféré la compagnie calme des artisans du village qui lui avaient alors indiqué le chemin jusqu'à cette ville, loin au nord, qui lui semblait porter au mieux ses valeurs de calme et de prospérité du continent, sans cesse remises en question par les hordes renégates toujours plus présentes. De celles qui pillaient sans vergogne, sans heurts ni reproches, de celles encore qui imposaient leur abjecte présence au monde des douze et pavanaient aux quatre points cardinaux. Après quelques altercations notoires avec les guerriers de la cité sombre, il avait rapidement pris le large par les forêts faisant rapidement ses premières armes sur les quelques malheureux sangliers qui traînaient par là. À force de vagabondages, il s'était finalement lui aussi retrouvé en la compagnie des nombreux bouseux de Tainéla avec lesquels il avait finalement réussi à s'introduire dans la demeure de sa majesté des bouftous pour en dérober sa laine et celles de ses sujets. Laines qui, bien utiles dans leur nombre lui permettaient dorénavant de se tenir au chaud, une fois assemblées puis tissées par un tailleur.
C'est lors de sa recherche d'un artisan suffisamment compétent, après avoir écumé les ateliers, demandé aux vendeurs itinérants, questionné les taverniers, qu'il était tombé sur un étalage de potions qui semblaient crier leur réponse de leur liquides visqueux et colorés. L'une d'entre elles brillait de mille feux et tout de suite le pandawa l'avait acquis pour une poignées de kamas.
La sensation lorsqu'il l'avala était des plus étranges et tout se confondit en un mélange de couleurs et de senteurs d'érable. C'était là la première sensation procurée par Bonta. Agréablement, il s'éveilla, ouvrit un oeil puis deux à la milice et sa bouche délicatement pâteuse lui indiqua le chemin d'une taverne avoisinante.
Se frayant un chemin au travers des ruelles, évitant les odeurs des sadidas en tenue de laine de bouftou et les ecaflips peu recommandables qui traînaient dans l'ombre, il tomba sur cette entrée en bois de chêne, vestige d'un ancien fût qui avait du contenir des centaines de litres de boisson. Devant tant de délices et d'envie, il entra hagard dans la salle, essuya les gouttes de salive qui commençaient de couler sur sa lèvre inférieure et s'avança près du comptoir au fond de la salle.
Étonnement, seuls quelques péquenauds étaient présents et l'on entendait le vacarme du dehors comme filtré par cette bulle de bois. Comme un semblable – c'en était peut-être un – il commanda au tavernier un demi-litre de bière qu'il descendit d'un trait. Il faut dire qu'il faisait soif après avoir avalé cette potion ! Il en pris une seconde qui partit aussi trop vite dans son estomac alors qu'il reluquait la pièce et ses clients, adossé au comptoir de bois. Déterminé à profiter un peu plus du contenant et par ce faire du contenu alcoolisé, il commanda une chope que lui servit le tenancier qui venait tout juste de l'essuyer. Un bel objet : souple, une bonne prise de main, un beau bois poncé qu'il était visiblement fier de lui présenter. "La spécialité de la maison !" disait-il en dévoilant derrière le bar une étagère remplie de chopes uniques en leur genre.
Après avoir fini à la fois la sienne et sa discussion avec le patron du bar fort sympathique – auquel au passage il avait demandé de le reservir – , il retourna à son occupation primaire : regarder un peu où il se trouvait. Le brouhaha persistait dehors mais l'alcool aidait à passer outre. Les tables étaient à peu près pleines, sauf une un peu isolée où se tenait une unique personne qui vacillait un peu sur sa bière en lui faisant signe de la main. Titubant quelque peu, trébuchant sur un tabouret enfin, le pandawa prit place à côté du type massif qui était là.

- Tu aimes la bière ? lui demanda-t'il.
- Ah ouais ouais, vachement.
- Tu veux du sifflard toi ?
- Ah ouais ouais, attends, tiens, j'ai ça hips ! lui dit-il en posant sa hache sur la table.
- Attends, attends, faut j'vise bien maintenant.

Aucune archive de la Chopenbois n'en a tenu compte et il est impossible de s'en rappeler de source sûre tant la taverne fut retournée par les litres de bière tiède, les tronçons de saucisson et les tournées générales simultanées, mais ce fût une sacrée soirée, décidemment bien plus bruyante à l'intérieur que dans les rues de la cité.
C'est au réveil dans un coin de la salle qu'ils décidèrent de remettre ça, mais avec plus de monde à leur tablée, et apparemment le patron n'avait aucune réserve avec le nom et la présence de l'ordre créé en hommage à ce lieu – il faut dire qu'il avait le teint pâle lui aussi.
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Localisation : En Amakna ou à la taverne.

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